Elzo Jamdong : “Je veux participer à la sauvegarde des langues locales par mon rap.” [Interview]

Elzo Jamdong : “Je veux participer à la sauvegarde des langues locales par mon rap.” [Interview]

Elzo Jamdong est un artiste multi facettes sénégalais que nous avons découvert grâce à notre plateforme #LeChoixDuTwitto ouverte à notre communauté sur Twitter avec le titre « Gentleman ». Depuis nous n’avons pas arrêté de suivre son actualité marqué par le single Malembé, sorti il y a 3 mois.
Nous avons échangés quelques mots avec Elzo concernant ses projets et principalement « Macina ».

De son vrai nom Elhadji Diallo, Elzo Jamdong est né dans le centre de Dakar  (Quartier du Plateau). Il grandit dans une famille de mélomanes avec notamment un père amateur de jazz et de musique cubaine et un frère joueur de clavier.
Fan de Rap US, il se fait appeler Free E (inspiré de Eazy E) et écrit ses premières mesures en classe de 4ème. Après avoir passé le Bac, il s’installe à Lille en France en 2006 et forme le collectif Jamdong avec d’autres amis étudiants originaires de Dakar avec qui il produit deux mixtapes (Red Alert en 2009 et Gold Medal en 2012).

A ce jour Elzo a sorti 4 projets solo*, 2 EPs et 2 Albums : Free Dope, Free Season,  Freendgom & le tout récent Macina.

 

“L’Afrique est le continent de la tradition orale et je pense que en tant que rappeur je suis comme un griot des temps modernes dont les écrits pourront servir plus tard de repère culturel.” – Elzo Jamdong

 

Bwelitribe: Bonjour Elzo, merci de nous avoir accordé cette interview. Tout d’abord qu’en est-il du collectif Jamdong?
Elzo Jamdong : Bonjour, Elzo Jamdong vient de mon crew Jamdong (qui signifie la paix seulement en wolof). C’est vrai que même si le collectif n’est plus actif musicalement Jamdong est devenu aujourd’hui le nom de code. En fait les valeurs du concept vont au-delà d’un simple groupe de rap et je suis fier d’en être le porte-drapeau ! Et bizarrement dans la rue les gens qui me reconnaissent et qui m’appellent “Hey Jamdong” sont toujours plus nombreux que ceux qui me disent “Hey Elzo” (rires) !

 

BT: Elzo rappe depuis combien de temps ?
EJ: Depuis plus de 10 ans en underground et depuis 4-5 ans à temps plein.

BT: Que signifie Macina?
EJ: Macina vient de “Imam Diallo Macina” qui était le “titre” de mon grand-père paternel Elhadji Diallo qui est aussi mon homonyme. Originaire de l’empire Peul du Macina au Mali, il s’est installé à Pikine, dans la banlieue dakaroise, dans les années 1920 et est devenu Chef de quartier et Imam de la mosquée, d’où le titre “Imam Diallo Macina”.

BT: D’où viennent tes inspirations ?
EJ: De mes souvenirs et beaucoup de mes prises de recul. Je me rends compte que je fais pas mal de remise en question sur les choses qui se sont déroulées et dans l’album Macina c’est ce qui est le plus ressorti.

BT: Quel sera le prochain clip ? (Ndlr : Au moment de l’interview le clip de Saï Saï n’était pas encore disponible en ligne.)

EJ: La sortie de SAÏ SAÏ est prévue pour le 27 Juillet ! Objectif hymne de l’été et tube de l’année 😋 !

SAÏ SAÏ – Sur une instrumentale Dancehall de Mister Thier, Elzo met en garde les femmes de s’attacher à lui car c’est un Saï Saï (en wolof un malin, un bandit) il n’arrive pas à se caser.

BT: Saï Saï a tout pour être un tube estival ! Tourne t-il déjà en radio ou dans les playlist au Sénégal ?
EJ: Oui il tourne partout et il paraît que y’a des supermarchés et des stations d’essence qui le passent en boucle pendant toute une après-midi, c’est fou !
BT: D’ailleurs, pourquoi un rap 99% wolof ?
EJ: Parce que je suis devenu plus à l’aise en wolof et je veux participer à la sauvegarde des langues locales par mon rap. L’Afrique est le continent de la tradition orale et je pense que en tant que rappeur je suis comme un griot des temps modernes dont les écrits pourront servir plus tard de repère culturel.
BT: Comment se porte le hip-hop Sénégalais ?
EJ: Très bien ! Côté pulic il y a plus de personnes qui s’y intéressent et côté artistes la compétitivité incite à la qualité. On peut aller très loin prochainement avec de la persévérance et de la structuration.
BT: 0 featuring dans Macina, Pourquoi ce choix ?
EJ: Parce que c’est un album assez introspectif et je ne voulais pas risquer de perdre le côté intimiste de la direction que j’ai prise.
BT: Quels sont les 5 morceaux qui passent en boucle dans ton phone ?
EJ: Coulisses, Saï Saï, Jangal Ma Napp, Zero Garantie, Baayima, ah y’a aussi Ci Yaw oh on avait dit 5 ! Désolé j’écoute Yalla Yaa Na en boucle aussi ! (rires) Je vais pas vous mentir, d’habitude quand tu sors un projet tu l’as déjà écouté et réécouté pour choisir les morceaux, tu envoies les sons en pressage, tu écoutes l’album pendant toute la période de pré-lancement et limite tu peux t’en lasser quand le public le découvre. Mais là je savoure l’album tous les jours comme une auditeur qui vient de l’acheter ! Sinon en général je suis du genre à changer chaque jour de playlist, je dis bien chaque jour (je sais que j’abuse😁) en fonction de mes humeurs et au moment de faire cette interview je suis en train d’écouter un album d’Omar Pène de 1996.

BT: Une anecdote en lien avec Macina ?

EJ: J’avais un iPhone 5s dont je ne voulais pas me séparer depuis 2014 et au mois de Mars dernier il s’est éteint un jour et ne s’est plus jamais rallumé. Je n’avais pas fait de sauvegarde depuis 6 mois donc j’ai perdu tous les textes et les notes vocales que j’avais sur le téléphone. J’avais envie de tout reporter mais on a du reprendre tout ce qu’on a perdu et tant mieux parce que si on avait fait les paresseux il y a peut-être des morceaux qui n’auraient jamais vu le jour !

BT: Bweli signifie Futur. Comment tu vois le futur pour toi ?
EJ: J’aimerais de l’aventure, beaucoup d’aventures, beaucoup d’apprentissage et avoir les moyens de prendre soin de ma famille et faire beaucoup de voyages de découvertes (culturelles, spirituelles, musicales…).
Macina est disponible sur toutes les plateformes de streaming (Deezer, Spotify) et sur iTunes.

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